16/06/2007

Carine Russo: entretien pour "La Gauche"

"Un monde plus juste pour une terre plus verte" Carine Russo,

Qui ne connaît pas Gino et Carine Russo, et le combat (politique, quoi qu'on en pense) exemplaire qu'ils ont mené pendant plus de dix ans en mémoire de leur fille Mélissa. Un combat aussi pour Julie Lejeune et tout les autres enfants et les personnes les plus faibles de la société.

Aujourdhui, Carine a franchi un pas important. Après avoir refusé dès 1999 de se présenter aux élections législatives, afin de se concentrer en priorité à l'aspect (dérive) judiciaire du dossier, et la farce du procès d'Arlon, elle vient d'accepter d'être candidates d'ouverture sur la liste du Sénat du groupe Ecolo à la 14ème place. Carine Russo a accepté de répondre à un interview pour le Journal "La Gauche".

 

Freddy Dewille:

Avant d'entamer la politique belge, quelques mots sur le programme de la LCR en France, et la campagne électorale d'Olivier Besancenot ?

Carine Russo: http://carinerusso.over-blog.com/

 

Je ne connais pas le programme de la LCR. J'en connais les grandes lignes. Je ne prétends pas connaître leur programme politique, ni celui d'aucun parti, y compris celui d'Ecolo. Je n'en connais que les grandes lignes de force.

J'ai constaté seulement qu'Olivier Besancenot avait fait le meilleur score de la "Petite Gauche" et que cela avait forcément une signification. Que sa communication était certainement la plus claire, la meilleure et la plus sincère. C'est sans doute cela qui explique son succès, et je pense que c'est une leçon pour tous les petits partis de gauche qui sont très divisés à l'heure actuelle.

FD: Si demain Ecolo se retrouve dans la majorité avec la droite, ne risques-tu pas d'être en conflit avec toi-même?

CR: Je me sentirais en conflit avec moi-même si un bon résultat Ecolo conduisait à une possible alliance -que moi j'appelle contre nature-, avec les libéraux. Alors là, je me sentirais en profonde contradiction avec moi-même, et surtout je me sentirais comme quelqu'un qui aurait vraiment été utilisée et même très mal utilisée par Ecolo parce que je ne suis pas là, moi, pour attirer des gens qui ont une fibre néo-libérale. Ce sont les autres que je pense éventuellement attirer. Donc, je me sentirais à la fois trahie par Ecolo et je me sentirais mal à l'aise par rapport aux gens qui ont voté pour moi. A partir du moment où Ecolo ne suit plus d'une certaine manière sa ligne, et que je veux rester cohérente, sincère avec moi-même, sincère avec les gens, j'estime que j'aurais des comptes à rendre à mes électeurs.

FD: Pas mal de personnes qui veulent te soutenir sont gênées par rapport à un ancien d'Ecolo, Vincent Decroly; qu'en penses-tu?

CR: En fait, la façon dont Ecolo s'est comporté avec Vincent à l'époque est extrêmement dommageable pour tout le parti, pour Vincent qui a un peu tout perdu aussi, mais ça a été surtout dommageable pour Ecolo. J'espère qu'ils en ont tiré les enseignements.

FD: Le danger, c'est que s'ils retournent sur une ligne droitière (que Vincent a dénoncée en son temps,) ce sera encore plus dommageable pour eux, non?

CR: Ce n'est pas comme un crime de droit commun. Ce n'est pas désastreux pour eux. Qu'on leur laisse encore une chance, et s'il y a récidive, alors il faudra prendre les choses autrement; là, tu deviens vraiement coupable si tu récidives. Je trouve qu'ils méritent une deuxième chance. Ils étaient nouveaux, très nouveaux, et il y a eu débat sur leur participation au pouvoir en 1999. Très personnellement, j'étais plutôt contre, mais j'ai évolué un peu à ce niveau-là, parce que je me suis dite que, sans l'expérience du pouvoir, ils n'auraient pu redresser leurs ligne et ne sauraient toujours pas comment cela se passe quand on va au pouvoir. En plus, ils ne se seraient toujours pas fait reconnaître comme un parti crédible, à égalité avec un autre parti, prêts à prendre leurs responsabilités, prêts à essayer vraiment quelque-chose. Ils allaient rester dans l'opposition? Il y avait deux façons de voir les choses. Dans l'opposition, ils auraient été plus forts, mais le discrédit qui était jeté contre Ecolo par les autres partis se situait exactement là: "... de toute façon, ils ne savent pas ce que c'est que de gérer le pouvoir, ce sont des petits comiques, se sont des utopistes,.. S'ils entraient dans un gouvernement, on verrait à quel point ce serait des incapables... etc.". Or, ça n'a pas été le cas, et même s'ils ont fait des erreurs, ils ont aussi fait progresser des choses.

FD : En 1999, Ecolo se présentait comme le relais des mouvements sociaux; aujourdhui, ils ont balayé tout cela d'un revers de main. Le mouvement UAG (Une autre Gauche), qui ambitionne de relayer de vraies valeurs de gauche, ne se présente pas. Le PC, le PTB, le MAS (sous l'étiquette CAP, de manière illégitimme en partie Francophone) en ont décidé autrement et se présentent en ordre dispersé. Force est de constater que cette Petite Gauche n'arrive pas à converger et se prépare, une fois de plus, à une déconvenue. Seule, la LCR belge est restée loyale, mais le problème reste le même, comment peut- on réellement être le porte-parole des valeurs de gauche?

CR: En fait, qu'est-ce qu'on veut dire par valeurs de gauche? Est-ce qu'il y a encore grand monde qui le sait? Quand on parle des petits partis de gauche, le message est complètement brouillé, à tel point que ça n'intéresse absolument plus personne. Ou alors, on associe systématiquement la gauche à Staline, les camps de l'ex-URSS, etc. A la limite ça fait peur. Combien de fois n'entend-t-on pas dire que "les extrémistes de gauche, c'est forcément dangereux". On ne veut même pas en entendre parler. Il y a même confusion entre "extrême droite, extrême gauche". En fait, aujourd'hui, est-ce que cela existe encore une extrême gauche? Il y a la gauche, la grande étiquette de gauche qui est en train de faire quoi ? Gérer le libéralisme ! La gauche ce n'est pas gérer le libéralisme.

FD: Dans le programme d'Ecolo, on voit comme une des solutions à la création d'emplois, la diminution des charges patronales. Pour la sauvegarde de la sécurité sociale, n'est-ce pas un signal dangereux?

CR : Non, car lorsqu'Ecolo parle de la diminution des charges patronnales, il parle des petites et moyennes entreprises. Arrêtons de les mettres aussi contre nous. On fait tous partie du même monde, en a besoin des petites et moyennes entreprises. La différence entre classes, ce n'est plus aussi simple. "Les patrons et les ouvriers" ça, c'est un vieux discours. La différence entre classes, c'est les grands financiers qui jouent en bourse et le monde des gens qui travaillent. Aujourd'hui un patron d'une PME c'est quelqu'un qui travaille comme les autres, c'est un petit travailleur. Il faut pas que l'on se prenne la tête; il y a patron et patron. Laissons quant même vivre l'économie de la classe moyenne. C'est eux aussi qui aident à créer des emplois et qui font tourner l'économie. Mais, Ecolo n'est pas d'accord avec une réduction des charges patronales pour les grandes entreprises.

FD: Dans le programme du PTB, on ne retrouve plus la réduction du temps de travail (RTT) comme une des solutions pour créer de l'emploi. Et toi, qu'en penses-tu?

CR : Il y a déjà très longtemps que l'on a réfléchi au problème, et la RTT était une solution pour la création d'emplois déjà pour les années 80. Hélas, cela ne sait s'est pas passer comme cela. Je pense que cela reste toujours valable, mais c'est encore plus difficile aujourd'hui à revendiquer.

FD : C'est même l'inverse qu'il se passe aujourdhui : augmentation du temps de travail avec diminution des salaires ! Quand on voit les conditions de reprise de l'activité à VW et, dans le même temps, on découvre les parachutes dorés...

CR : Exactement, c'est contre ça qu'il faut aussi lutter. C'est ça les vrais décalages aujourd'hui. D'un côté on demande aux travailleurs de toujours travailler plus, pour gagner moins, et à côté de cela on ferme les yeux sur les parachutes dorés. On laisse faire des profits de plus en plus plantureux à des gens qui ne travaillent pas ou qui n'ont pas comme but de travailler plus.

FD : Par rapport à la chasse au chômeurs, Josy Dubié avait répondu que l'on ne faisait pas la chasse aux grands fraudeurs financiers, et que l'on préfère s'attaquer aux petits chômeurs.

Et toi, quel est ton point de vue?

CR : C'est sur la cause du chômage qu'il faut se pencher. On est d'ailleurs dans cette problématique. Ceci dit, certains chômeurs sont demandeurs de plan d'accompagnement. Ils sont tellement paumés, ils ne demandent pas mieux que d'être un peu mieux accompagnés pour retrouver du travail. Il y a donc des choses qui sont bonnes là-dedans. Il ne faut pas tout jeter dans le plan d'accompagnement. Ce que l'on appelle chasse aux chômeurs c'est plus grave, c'est sanctionner sans réfléchir plus loin sur la situation des gens. Ce n'est pas que les chômeurs ne veulent pas trouver du travail, ils ont envie d'avoir une activité, mais c'est que le travail parfois proposé ne correspond absolument pas à la personnalité des gens, ou leur situation familliale, ou à leurs désirs. Ils seront exploités ou mal considérés, mal payés. Alors que cette personne-là pourrait être extrêmement bien dans un tout autre domaine qui correspond à ses aspirations. Des gens qui n'ont d'aspirations à rien, je doute que ça existe sans raison sociale profonde.

FD : On n'en vient alors au droit de grève via le service minimum. Ta position sur la plateau de la RTBF, a tranché par rapport à tous les autres candidat(e)s, nouveaux, et anciens.

Même Josy Dubié était plus nuancé.

CR : Ecolo n'est pas contre le service minimum; ils sont un peu comme les autres, le truc raisonnable c'est le service minimum, mais moi, je suis pas pour. Je suis candidate d'ouverture, je suis indépendante. Même si c'est la ligne Ecolo que je soutiens, j'estime avoir le droit de dire que c'est un début de dérive par rapport au droit de grève. C'est comme cela que l'on commence à remettre en question ce droit. Petit à petit, on trouve qu'il n'y a plus de raison de faire grève. J'ai entendu au débat une autre candidate nous dire que l'on ne pouvait pas admettre que des petits enfants attendent pendant une heure, leur bus qui n'arrivera jamais, etc. Ensuite Florence Reuter a même dit "et les personnes qui doivent aller à l'hôpital ?". Je lui ai répondu: " Tu connais beaucoup de personnes qui vont à l'hôpital en bus, toi? (rire...) Elle m'a répondu "Ah non, non." (rire..).

J'ai expliqué que l'on ne fait jamais grève pour le plaisir. Ce que l'on critique chez les grévistes, c'est qu'ils prennent en otages les usagers. Les usagers des transports en commun qui sont effectivement les personnes les plus fragiles. Les enfants qui vont à l'école ... Ceux qui disent ça, prennent eux-mêmes en otages les enfants dans leurs discours politiques. Donc quelque part, les enfants vont toujours être utilisés pour être pris en otages, d'une façon comme de l'autre. Et ça, on doit le dénoncer. Et enfin, il faut faire la part des choses. Un enfant qui patiente une heure pour son bus, c'est qu'il y a déjà un problème au niveau du lien social parce que les institutrices, l'école, un voisin, n'importe qui peut penser à venir chercher les enfants ce jour-là. En comprenant qu'une grève est une grève, tout le monde peut s'organiser. Mais un enfant qui attend une heure son bus c'est quand même moins grave que le gosse dont le père a perdu son emploi. Lui, il risque de devoir attendre longtemps pour une jeunesse normale.

FD : Et que penses-tu de la situation des sans-papiers?

CR : A partir du moment où on avait des sans-papiers qui arrivaient sur le sol de la Belgique, on n'a pas d'autres choix que de les accueillir, parce que toute notre politique doit être basée sur l'humanisme, sur la solidarité. Donc il faut les régulariser. Il faut se rendre compte que nous sommes en grande partie responsables de leur misère; s'ils sont arrivés ici, c'est pas pour le plaisir de quitter leurs pays. Pays qui est bien souvent plus beau que le nôtre, entre parenthèses. Nous devons réparer les dégâts causés, 1) en commençant par les accueillir. C'est urgent, on ne peut pas les laisser mourir, parce qu'on parle bien de vie et de mort dans cette affaire. Et deux 2), simultanément, on pense à la manière de gérer la solidarité Nord -Sud. Ensuite comment empêcher ces exodes massifs du Sud vers le Nord ? En rééquilibrant les rapports Nord-Sud. Il y a des tas de propositions pour cela. C'est indispensable et c'est aussi urgent. Sinon on va continuer d'être responsables. La situation est complexe. Il faut essayer d'avoir la vision, la plus claire possible. Commençons d'abord par ça, par clarifier cette situation complexe. C'est quoi la solidarité?

Pourquoi c'est si compliqué? Pourquoi une telle perte de valeurs ? Pourquoi tout le monde se sent mal ? Parce que justement on ne sait plus ce qui est juste, ce qui ne l'est pas. On doit essayer de ré-expliquer honnêtement ce que signifie justement la solidarité et la justice, vraiement ré-expliquer le sens profond des valeurs, et surtout pas les laisser voler, les laisser séquestrer par la politique de droite. En France il y a plein de gens qui ont été séduits par le discourt de Sarkozy dans la mesure où il donnait l'impression que la France avait droit à plus de justice. Les gens ont soif de justice, mais encore faut-il savoir de quelle justice on parle. Je veux dire que la droite, en séquestrant ces valeurs, en bout de compte, n'en a strictement rien à faire. Elle les a séquestrées pour son profit personnel. Il faut tout le temps essayer de distinguer, dans les discours, qui dit les choses par honnêteté? Qui les dit pour des intérêts cachés?

FD : Et par rapport à l'entrée de la Turquie dans l' Europe? Là aussi tu étais à contre courant dans cette fameuse émission de Mise au point.

CR : Je suis pour l'ouverture de l'Europe à la Turquie, encore une fois par souci d'humanité, de progrès, de la démocratie, du progrès de la liberté...du progrès des droits humains, par souci d'humanité. Parce qu'il y a des Turcs qui se battent depuis tellement longtemps pour espérer acquérir enfin de vrais droits vers plus de liberté. Exemple Bahar Kimyongür. Nous les Européens, la moindre des choses, c'est de montrer que nous sommes là aussi pour soutenir la lutte des autres pour ces mêmes droits, même s'ils ne sont pas encore dans l'Europe.

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FD : Autant la question sociale fut à l'ordre du jour dès le début de l'ère industrielle, autant le bouleversement climatique sera pour ce 21ème siècle la question fondamentale pour la survie du système économique, et donc capitaliste, mais surtout de l'humanité. C'est sur cette urgence que tu as choisi de t'investir comme candidate d'ouverture chez Ecolo?

CR : Autant la solidarité entre humains reste importante - c'est une question de survie du groupe humain -, autant il dépend de l'environnement. Donc à la solidarité entre humains, doit s'ajouter une nouvelle solidarité, une solidarité avec l'environnement. La nature a toujours été solidaire de nous. Sans elle, on n'existe pas, tout simplement. On lui rend bien mal. Et je pense que si on veut subsister en tant qu'humains tout simplement, on ne peut pas faire l'impasse sur les défis climatiques, sur les enjeux environnementaux. On est viscéralement liés à la nature. On dépend d'elle. Maintenant on peut aussi dire qu'elle dépend de nous. C'est carrément l'existence de la vie sur terre qui est remise en question, ici. Il y a une des valeurs sur lesquelles on doit s'appuyer sans cesse en tant qu'être humain, c'est celles du respect. Du respect des uns envers les autres, mais également du respect de notre environnement.

FD : On va vers des conflits, ne serait-ce que pour s'accaparer l'eau de plus en plus rare dans certaines régions du monde. Un milliard de personnes risquent de devoir se déplacer. Mais chez nous la problématique du réchauffement climatique ne risque-t-elle pas d'être utilisée pour s'attaquer aux acquis sociaux?

CR : A long terme, c'est mortifère. Persister dans la logique néo-libérale et faire semblant de s'occuper d'environnement, d'avoir une préoccupation environnementale est tout a fait inconciliable. Si les gens ne comprennent pas qu'il faut les deux "Gauche et Vert" effectivement dans un premier temps, les gens du Sud vont subir les effets du réchauffement climatique, ce qui est déjà le cas en grande partie, puis ici également. Ce sont les populations les plus pauvres qui vont en subir les effets les premiers. Dans un deuxième temps tout le monde sera touché, y compris les gens qui auront essayé d'engranger un maximum de profits toujours à leur avantage. La nature ne leur pardonnera pas non plus; s'ils l'ont oublié, ils en font partie aussi. Leur argent, leur profit ne vaudra strictement plus rien par rapport au manque de ressources. L'eau potable, ils vont l'amener uniquement pour eux? En Angleterre, la classe moyenne, qui équivaut à la grosse bourgeoisie ici, est bien plus développée que nous en matière d'énergie renouvelable. Des tas de gens ont déjà dans leur jardin des éoliennes privées. Ici, s'équiper en énergie renouvelable individuellement est très onéreux, même s'il y a des primes, cela reste inaccessible à beaucoup de personnes.

FD : C'est comme les citoyens que l'on va culpabiliser sur leur responsabilité quant au réchauffement climatique alors que dans le même temps on subventionne le grand prix de Francorchamps (et là derrière une grosse fortune) en omettant le gaspillage énergétique et la pollution !!?

CR : Ecolo a été très courageux au départ. Mais maintenant plus personne n'en parle. On a dit :" Ecolo est stupide, ils n'ont rien compris, ils sont à côté de la plaque, ils sont dangereux. Mais non ils ne sont pas dangereux; ils n'ont pas dit qu'il fallait réduire les investissements économiques et laisser la Wallonnie à l'abandon au nom de l'environnement ou de la protection de l'environnement, mais c'était plutôt : réinvestissont autrement. Un circuit automobile? Qui a besoin à tout prix d'un circuit automobile? En quoi est-ce si important que cela? N'y a t'il pas des choses tellement plus prioritaires que le maintien d'un circuit automobile, dont on venait dire que ça faisait vivre toute une région. Il ne faut pas supprimer les loisirs mais il faut un moment donné calculer une bonne fois pour toute le coût à la collectivité.

FD: Par rapport au rachat des droits de gaz à effet de serre?

CR : C'est un scandale. C'est se donner la bonne conscience pour le droit de polluer. Ca ne régle absolument pas le problème. Ca doit se régler dans la réalité. La diminution de CO2 partout, c'est pas pour faire semblant. En rachetant des quotas de droit de polluer à gauche et à droite, on va rien diminuer comme ça. On va pouvoir polluer autant, tout en obligeant les autres à polluer moins. Ca n'a aucun sens. Ca ne règle le problème que virtuellement. La nature ne va pas écouter les principes économiques des néo-libéraux. Elle fera ce qu'elle veut.

"Il faut cesser d'être raisonnable" Carine Russo, 1996

FD : Quelle est la question que l'on ne ta jamais posée ou qu'elle est la réflexion que tu souhaites exprimer?

CR :Il y a 10 ans, au moment de la Marche Blanche, j'ai dit qu'il fallait cesser d'être raisonnable. Maintenant, je voudrais bien revenir sur ce que j'ai voulu dire par là.

Ce qui est raisonnable, c'est ce que l'on essaye de nous faire croire, comme par exemple : "pensez aux chiffres, au budget, etc." . Il faut redevenir raisonnable , mais en utilisant réellement ce terme à sa juste valeur. Etre raisonnable à l'heure actuelle, c'est le contraire de ce que l'on dit être raisonnable. Aujourdhui, ce qu'on estime raisonnable est utopique : "c'est la raison, c'est la seule raison possible..." Je trouve qu'il y a déjà assez de brouillage, de chaos pour le moment dans le monde. Que beaucoup de personnes se posent la question: Où va t'on? Qu'est-ce que cela nous démontre? Que ce que l'on nous dit être raisonnable en fait, c'est de la folie . Cessons de continuer dans cette folie là. Redevenir raisonnable, c'est la vraie raison, c'est la raison humaine.

FD : Le fossé entre le citoyen et le politique s'élargit encore. Comment les réconcilier ?

CR : Les gens quand ils parlent de leur quotidien, ils sont très politiques, mais ils ne se rendent pas compte que c'est de la politique. La politique maintenant, c'est uniquement la politique politicienne, le budget, la croissance, des choses dont on ne sait pas forcément maitriser si on a pas fait de longues études en politique ou en économie. Tout le monde croit que c'est ça la politique. Pour moi la politique c'est lié directement à la vie tout simplement et notament la vie quotidienne des gens. Que disent-ils? Quand on écoute bien, les gens , ils en font tout le temps de la politique, mais ils ne s'en rendent pas compte.

On leur dit, c'est pas ça la politique, on leur dit la politique, c'est le pouvoir et la gestion.

C'est pas que ça la politique. C'est aussi ce que chacun chez soi peut remarquer qui ne va pas très bien. Exemple, lorsque quelque chose ne va pas très bien dans le quotidien d'un couple, c'est souvent lié à quelque chose qui ne va pas non plus, dans la gestion politique, mais les gens ne font pas le lien.

Quand les gens disent qu'ils en ont marre, qu'ils ne veulent plus travailler, qu'ils sont de plus en plus fatigués, qu'ils ne se sentent plus assez performants, qu'ils vieillissent, ou qu'ils ont l'impression qu'ils ne sont plus assez compétitifs comme on leur demande de l'être. Ce n'est pas eux qui sont en cause, c'est le système. S'ils cherchent à comprendre : "Pourquoi je suis stressé? Pourquoi mon patron est stressé? Pourquoi celui-ci est tenu par des contraintes économiques, sinon on va se retrouver au chômage?

Donc les gens vivent dans la peur de l'insécurité tout le temps par rapport à ce diktat économique, et puis on se demande pourquoi ils ne sont plus bien!!?. Quand ils n'arrivent déjà plus à faire la part des choses par rapport à ça, il ne faut surtout pas qu'ils se culpabilisent.

Si on se plaint, c'est déjà pas mal. Mais c'est qu'il y a des raisons. Il faut d'abord être écouté. Il ne faut pas tout le temp se plaindre non plus; il faut aussi réfléchir aux vraies causes de la situation. Par exemple dans un couple, où chacun travaille et rentre en fin de journée fatigué, surgit des disputes pour un oui ou pour un non. Pour chacun, c'est la faute de l'autre. Ca va même jusqu'au divorce. On reporte la tension sur l'autre, le plus proche, et finalement, c'est le couple qui explose; on a trouvé le coupable chez le plus proche. C'est le même phénomène que le vote rejet, le vote extrême droite. C'est l'étranger le coupable, le bouc émissaire.... Alors que s'ils arrêtent un peu et se posent les questions du genre : qu'est-ce qui ne va pas au niveau du boulot ? A partir de là, ils peuvent déjà commencer à comprendre ensemble que c'est pas eux qui sont fautifs. Même si les motifs semblent importants, les disputes ne sont jamais que des conséquences.

FD: La violence que l'on attribue au jeunes, c'est lié aussi à notre choix de société?

CR : La violence chez les jeunes, la délinquance, la perte de repère, le décrochage scolaire, etc., c'est lié au système sur lesquel on continue de fonctionner. C'est le système dans lesquel on essaye d'inscrire les jeunes qui posent problèmes. S'ils décrochent on dit qu'ils posent problèmes. Non, c'est le système où se retrouvent les jeunes qui pose problème. S'ils sombrent dans la délinquance et la violence, il faut chercher les causes profondes de l'intérieur du système et pas directement en les stigmatisant. En plus, on divise une fois encore, les groupes de la société. Les personnes plus âgées disent : " les jeunes n'ont plus de respect !! ". Il faut essayer de comprendre dans quel monde vivent ces jeunes. Beaucoup n'ont pas eu les mêmes chances ou la même qualité de vie. Je peux comprendre que la violence des jeunes devient difficile à supporter, mais encore une fois, on en est responsable. Et comme on n'arrive plus à gérer , on veux sanctionner, mettre en prison, etc. Pour finir, on va mettre tout le monde en prison sauf ceux qui devrait vraiment y être et ainsi on ne va plus investir dans l'enseignement. C'est ça la solution? Tous ceux qui gênent , qui ne seront pas toujours obéissants à la même loi du marché unique, on va les mettre en prison. C'est normal qu'ils réagissent parfois par la violence, comme ils sont plus impulsifs, surtout que maintenant, on peut être beaucoup plus découragé et nihiliste que aucune jeunesse ne l'a jamais été jusque maintenant.. Il y a de bonnes raisons.

En France, avec le CPE (contrat première embauche), j'ai entendu beaucoup de personnes dire: "..mais qu'est-ce qu'ils veulent ces jeunes? On voit qu'ils sont jeunes, ils n'ont pas de plomb dans la cervelle. Qu'est-ce qu'ils font? Ils n'ont rien dans la tête et préfère traîner dans la rue..". C'était déjà vu comme une incivilité. Non les jeunes, ils attendent que l'on tienne un peu compte d'eux. Ils sont quantité négligeable sauf quand il faut aller voter. Pour ça, ils sont bon....On ne les respecte pas et puis on leur demande leur part de respect. Le respect c'est dans les deux sens. On ne peut pas ne pas écouter quelqu'un et être méprisant avec lui et en attendre du respect, c'est pas possible , c'est injuste. C'est profondément injuste.

Extrait du Travail de fin d'étude FOPES , 24 juin 2004

La diversité des personnalités qui émerge tout au long de ces dix années va inévitablement créer des situations tantôt de complémentarité, tantôt de paradoxe, tantôt de conflit même. Sans mettre sur un piédestal les parents Russo, force est de conclure, pour moi, qu’ils ont été la cheville ouvrière du mouvement qui a secoué, certes avec leur entourage, tout ce monde politique et judiciaire.

Si on retirait ce couple, de gauche anomique, de ce conflit avec les institutions, ce problème de société n’aurait jamais eu un tel écho. Personnellement, je pense que Carine Russo fut la plus politique, la plus revendicative, la plus impliquée. C’est aussi la personne qui a la meilleure connaissance du dossier.

Pourquoi lors de son entretien avec le journaliste Rydberg, elle dira entre autres que c’est très important de tirer à gauche?. Si on s’intéresse comme j’ai pu en prendre connaissance aux origines familiales de Carine Russo, on peut légitimement penser qu’elle a été très fortement influencée par le passé de résistants de ses parents. De plus, sa maman ayant été dans la résistance communiste, elle exprime un grand attachement à une vision de société où le roi argent n’est pas dominant. Son frère Michel Collet semble du reste partager les mêmes valeurs.

Le cocktail entre Gino Russo (dont la maman était secrétaire de la section communiste dans son village en Sicile) et Carine Collet était donc certainement explosif, et son détonateur fut allumé avec la disparition de leur fille. Il ne leur a fallu que quelques jours pour faire le constat du fonctionnement défaillant de l’appareil d’Etat, refuser la fatalité, et secouer l’Etat.

Etaient-ils guidés par le sentiment d’une justice de classe lorsqu’ils remuaient ciel et terre pour se faire entendre tout en gardant leur statut de parents ? Y ont-ils perçus une opportunité, tragique pour eux, de faire évoluer les choses et de favoriser la prise de conscience, par les citoyens, de la nécessité de reprendre leur destin en mains, plutôt que de tout laisser décider à leur place par la bureaucratie

http://freddydewille.skynetblogs.be/archive-day/20070101

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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